NUIT BLANCHE 2006 – GOUTTE D’OR
L’association M.U mène depuis 2004 des ateliers de création sonore dans le quartier de la Goutte d’or à Paris. Des explorations sonores réalisées dans le cadre d’ateliers impliquant artistes et habitent visent à collecter, enregistrer, et archiver, des fragments sonores de ce territoire. Bruits de la rue, ambiances urbaines, récits d’habitants constituent la trame de compositions sonores aux influences multiples. Ces fictions sonores, documentaires expérimentaux qui utilisent le medium sonore, visent à rendre perceptible un caractère inobservable des vécus urbains.
Des Monts de la Lune est une performance collective live, à partir d’une palette de sons collectés dans plusieurs métropoles contemporaines. Le dispositif est mobile, voyageant d’une ville à l’autre (Paris, Zurich, Montréal), chacun des sites étant l’occasion de plusieurs jours d’explorations sonores suivies d’une performance live chaque fois inédite.
Dans le cadre de la Nuit Blanche 2006, Des Monts de la lune s’est installé dans une friche de la Goutte d’or. Ce terrain vague, à la fois lieu et non-lieu de la métropolisation, témoin des réhabilitations urbaines qui ont touché ce quartier depuis plusieurs années, devient le décor d’une composition continue toute au long de la nuit.
RELIANT LES ECHELLES TEMPORELLES ET TERRITORIALES
Attiré au loin par les résonances de cette composition radiophonique, le spectateur pénètre dans cet espace plongé dans une semi-obscurité.
Sur l’un des murs de la friche est projetée une carte du monde aux formes lunaires. On y repère des points qui pourraient être des villes. Cités rêvées, perdues ou utopiques, ces points deviennent des entrées potentielles dans un autre territoire, imaginaire et musical. Les villes de la carte d’Al Idrissi font écho à des lieux du quartier dont s’inspirent les compositions sonores.
Le dispositif scénographique engendre des réminiscences des traumatismes (urbains et sociaux) subis par ce quartier. Tout le long de ce terrain d’une centaine de mètres carrés, une ligne de néons souligne les cicatrices dont sont porteurs les murs de cette architecture urbaine en continuelle déconstruction/reconstruction.
Au fond de la friche, assis en ligne derrière leur table de montage, les artistes recomposent en direct les fragments sonores en interagissant simultanément.
A gauche est disposé un container — symbole d’une mondialisation marquée par la mobilité —, sur lequel chacun peut brancher un casque pour écouter les capsules sonores brutes, extraits d’entretiens réalisés avec des habitants de plusieurs villes.
Autre élément de cette scénographie : des architectures éphémères constituées de bâches de camions recyclées qui jonchent ci et là la friche : ils évoquent une pratique de recyclage des matières qui caractérise non seulement la postmodernité, mais aussi la création radiophonique elle-même qui procède par réinterprétation de fragments.
UNE APPROCHE SENSIBLE ET DELOCALISEE DES TERRITOIRES URBAINS
On est immergé dans le dispositif sans réelle introduction : la composition se déroulant tout au long de la nuit sans aucune interruption, le public est introduit dans une performance en cours.
Projeté dans cette friche de la Goutte d’Or qui demeure à la fois lieux et non-lieux de ce quartier, ce dispositif joue sur le va et vient entre le territoire réel du quartier et des territoires projetés, fantasmés. Il institue un dialogue entre la géographie réelle du quartier et l’évocation des cités invisibles de cette mappemonde, territoires télescopés qui décalent, délocalisent, transportent les fragments sonores. Ce dialogue entre deux modes de territorialisation de l’œuvre introduit une certaine forme de discontinuité qui paradoxalement tend à réintégrer dans une même unité les fragments épars de cette métropolisation contemporaine qui se lit à l’échelle internationale. La composition sonore, entre dissonances et résonances, constituant alors un élément de continuité entre ces temporalités et les spatialités fragmentées.
Par le son, le passager (puisqu’il ne s’agit finalement que d’un espace-temps de passage au sein de cette blanche nuit) n’est plus posé face à une œuvre, mais enveloppé dans une réalité sensible qui l’immerge totalement. Compositions qui emplissent les oreilles (et par moment le corps) en suscitant tour à tour rêverie, visions troublantes, fascination.
Ce vaste espace laissé ouvert aux différentes modes de réappropriation suscite le passage, la circulation et les traversées, proposant au public d’être tour à tour regardeur, écouteur, rêveur, utilisateur de ce décor éphémère avec ces différents sous-espaces. Ce paysage lunaire, halluciné, baigné de sonorités tantôt suggestives et poétiques, tantôt brisées et saturées produit un étrange sentiment à la fois de projection dans une autre réalité.

Les nouvelles fanfares s’inspirent de cultures disparates mêlant la musique populaire à l’écriture du jazz et plus largement à toutes les musiques contemporaines et actuelles : Musicabrass ; Quelques fiers mongols : Led Zeppelin en fanfare ; Fanfarnaüm et Le Fanfare Ballet, Association K et Cie Watt pour les nouvelles fanfares à mon avis les plus originales.
Pour les petites formes instrumentales, Michel Doneda propose un parcours insolite à plusieurs petits groupes de spectateurs, sous terre, aux pieds des remparts de la Citadelle, une traversée mystérieuse et aquatique.
et de tous les milieux sociaux. J’ai également remarqué une présence importante du public de famille. En fait, il m’a semblé que les publics de Musiques de rues n’étaient pas très différents de ceux que l’on peut croiser dans les festivals d’art de rue. Pour les quelques spectacles en jauge limitée (gratuits mais pour lesquels il fallait réserver), j’ai noté que le public était plus représentatif d’un public habitué à fréquenter les salles de spectacles ou encore les festivals. En effet, le nombre de places étant limité pour ces spectacles, cela nécessitait de réserver environ trois semaines avant le commencement du festival. Les spectateurs qui ont assisté à ces représentations sont par conséquent des personnes qui ont consulté le programme dès qu’il a été diffusé et qui se sont intéressées rapidement à la programmation du festival, qui ont opéré des choix parmi les différentes propositions : ce sont donc, que les personnes qui sont venues le dernier jour du festival pour la grande parade.
jeu urbain ; c’est en cela qu’intervient à mon avis la dimension participative de cet événement. Une relation de proximité a pu se tisser entre les artistes et le public les jours où ce dernier était le moins affluent. Ce processus participatif a été aussi à l’œuvre dans la constitution de la Fanfare de la touffe ; fanfare à laquelle tout le monde peut participer : « de la vraie non-musique faite par de véritables non-musiciens » ! Pascal Esseau et F-X Ruan ont insisté, dans plusieurs de leurs interviews, sur cette dimension de participation de la population au festival : ils souhaitent aller encore plus loin dès l’année prochaine pour impliquer les habitants à cet événement. Le festival n’en est encore qu’à ses débuts, mais en tant que bénévole, j’ai pu ressentir aussi l’atmosphère différente qu’a pu prendre la ville pendant ces trois jours : comme un temps d’arrêt où l’on vit la ville différemment.
conscients, et c’est au programme de la prochaine édition) de réaliser plus d’actions de sensibilisation, de médiation en amont du festival avec le tissu associatif de Besançon, les Maisons de quartiers, les écoles, collèges, lycées, universités. Je pense qu’il serait bon aussi d’élargir le territoire de jeu du festival à des quartiers moins « brillants » que le centre ville, pour mobiliser la totalité de la population et donner à ces quartiers plus sensibles une image différente et l’opportunité aux populations de ces quartiers de faire aussi « partie du jeu urbain » le temps du festival. J’ai regretté par contre que l’ambiance soit parfois d’un calme incroyable : à croire qu’il n’y avait pas de festival de musiques de rues dans cette ville ?! En effet, une fois que l’on quittait une déambulation, il y avait un vide. Deux rues plus loin, on n’était déjà très loin, plus rien, plus de sons, plus de musiques, sensation étrange du vide. Cette sensation m’a un peu dérangée : c’est comme si une fois les artistes et l’espace de jeu quittés, il n’y avait plus rien. Cela est à mon avis dû au côté « programmé » des spectacles-concerts à des horaires et lieux précis. Ce processus rompt avec la spontanéité du jeu des artistes et on aimerait que ce soit partout : se faire davantage surprendre au détour d’une rue qui ne serait plus exactement le centre. Le fait que tout soit programmé, et joué dans les rues principales du centre ville, casse l’effet de surprise que permettent des actions moins prévues voire improvisées.
La fanfare bloque un bus en centre ville ; elle fait descendre tous les usagers du bus en les faisant tenir un fil de laine de couleur rouge. Tout le monde descend ! Et tout le monde tient le fil de laine. Cette fois-ci, « l’homme-action » dessine à la craie sur le sol un passage piéton. Et hop tout le monde circule ! Et tout le monde passe de manière bien disciplinée sur le passage piéton fraîchement dessinée et en tenant bien sûr le fil (de laine) rouge et en bloquant le bus qui patiente depuis un quart d’heure. Les voilà tous partis, artistes et spectateurs-usagers du bus, aux Galeries Lafayette. (Je les quitte, je dois retourner à mon point accueil). A l’intérieur des Galeries, ils rencontreront une autre fanfare et joueront avec l’espace et les objets du magasin. 
