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9 octobre 2006 1 09 /10 /octobre /2006 14:42
Musiques de rues à Besançon.
Nouveau territoire des arts sonores
Du 5 au 8 octobre 2006

Du son plein les oreilles pendant trois jours et en plein air
   
Besançon est devenue pour quelques jours, le nouveau territoire pour les arts sonores. Si Belfort accueille depuis presque vingt ans les Eurockéennes, Besançon, en tant que capitale régionale se devait d’avoir également son rendez-vous culturel annuel ! Ce sera le festival Musiques de Rues. Après plusieurs réalisations de manifestations culturelles de la part de la municipalité en octobre de ces trois dernières années, la mairie de Besançon a choisi le projet de Pascal Esseau et de François-Xavier Ruan, tous les deux nantais et directeurs de l'équipe Musiques de rues. Un appel d'offre a été lancé en 2004 par la municipalité : huit projets ont été pré-sélectionnés. Plutôt que de s'investir sur le terrain du théâtre de rue, la municipalité a souhaité voir se développer le projet autour des musiques de rues.

Les musiques de rues

L'ambition du festival est claire aux dires de Pascal Esseau et François-Xavier Ruan : « Faire découvrir la musique au sens large et une nouvelle façon de découvrir la musique ». Les musiques de rues sont, selon eux, toutes les musiques : quelle musique ne pourrait-on pas faire dans la rue ? Aucune. Par ailleurs, la musique de rue ne se restreint pas seulement à la fanfare telle qu’on l’entend traditionnellement. Et c’est ce que les concepteurs ont montré lors de ce festival. En effet, les bruits et les sons de l’espace urbain font aussi partie des musiques de rues. Ainsi, avec Musiques de rues se dégage une proposition de festival singulier, pluriel, riche de sa proposition thématique et ouvert à tous car en plein air, à ciel ouvert.

Musiques de rues, c’est aussi une réflexion qui s’est élaborée sur la ville en tant que territoire : « Est-ce la ville qui choisit son festival ou le festival qui choisit sa ville ? ». Pour l’équipe de Musiques de rues, le premier travail a été de « vivre la ville » en cheminant sur les places, ruelles, trottoirs, cours et arrière-cours... Musiques de rues est l’aboutissement d’un questionnement sur l’identité, l’urbanité, le rapport entre art, culture, populations et territoires.

La programmation     

La programmation du festival se décompose en cinq sections comme nous pouvions le découvrir dans la plaquette de présentation du festival :
-Les créations 2006
-Les nouvelles fanfares
-Les rues du monde
-Les performances, machineries et installations sonores
-Les petites formes instrumentales

Pour les créations 2006, on retiendra Xem Nun, résultat d’une résidence de Camel Zekri et des trompes Ongo Brotto de Bambari (Centrafique) ainsi que Le pendule (spectacle en salle) de Jéranium et Man’hu, Collectif Métalu / A Chahuter.

Les nouvelles fanfares s’inspirent de cultures disparates mêlant la musique populaire à l’écriture du jazz et plus largement à toutes les musiques contemporaines et actuelles : Musicabrass ; Quelques fiers mongols : Led Zeppelin en fanfare ; Fanfarnaüm et Le Fanfare Ballet, Association K et Cie Watt pour les nouvelles fanfares à mon avis les plus originales.

Les rues du monde regroupent les fanfares qui évoluent dans une autre géographie en se frottant à d’autres traditions, contextes et dimensions. On citera notamment Le Jaïpur Kawa Brass band du Rajasthan, le Bollywood Brass Band de Grande-Bretagne / Pakistan et Hot 8 Brass band de la Nouvelle Orléans, USA.

Les performances, machineries et installations sonores sont l’illustration de la recherche qu’a conduite Musiques de rues sur les formes contemporaines et inventives des machineries musicales. Ces installations sonores mêlent arts plastiques, scénographie, musique et nouvelle lutherie. De l’état des lieux des « bricophonistes », on retiendra l’exposition de Frederic Le Junter et la Symphonie mécanique de François Delarozière.

Pour les petites formes instrumentales, Michel Doneda propose un parcours insolite à plusieurs petits groupes de spectateurs, sous terre, aux pieds des remparts de la Citadelle, une traversée mystérieuse et aquatique.

Dans un autre genre, Riton la manivelle incarne le chanteur de rue accompagné de son orgue pneumatique, replongeant le spectateur dans la tradition de la chanson populaire de rue. Bouts de phrases, tranches de vies : la chanson populaire tente de renvoyer le spectateur à ses souvenirs.

L’équipe de Musiques de rues a également mené des actions culturelles dans l’année qui a précédé le festival. Plutôt que de s’attacher aux genres et aux esthétiques, l’équipe de ce nouveau festival souhaite surtout s’attacher à la manière de transmettre.

Ce Festival est co-organisé par la ville de Besançon, le Grand Besançon, Le Casino Barrière avec le soutien de la Région Franche-Comté, le Conseil général du Doubs, le groupe Kéolis, le réseau Ginko du Grand Besançon, la Caisse des dépôts et la DRAC de Franche-Comté. Le budget de cette première édition s’élève à 900 000 euros.

Le Festival Musiques de rues, c’est le premier festival de musiques de rues en France ; 48 compagnies invitées, soit 612 musiciens dans 31 lieux sur la ville de Besançon ; 103 spectacles organisés ; 3144 heures de bénévolat...

Analyse personnelle

J’ai vécu ce festival selon deux angles d’approche : d’une part, en tant que bénévole, et pour le reste du temps en tant que spectatrice.

Ma mission de bénévole consistait dans l’accueil et la médiation auprès du public pour des renseignements pratiques sur le déroulement et la programmation du festival. Cette expérience m’a permis de me rendre compte du public présent sur Musiques de rues. Celui-ci s’est révélé très diversifié : tous les âges, aussi bien des hommes que des femmes
et de tous les milieux sociaux. J’ai également remarqué une présence importante du public de famille. En fait, il m’a semblé que les publics de Musiques de rues n’étaient pas très différents de ceux que l’on peut croiser dans les festivals d’art de rue. Pour les quelques spectacles en jauge limitée (gratuits mais pour lesquels il fallait réserver), j’ai noté que le public était plus représentatif d’un public habitué à fréquenter les salles de spectacles ou encore les festivals. En effet, le nombre de places étant limité pour ces spectacles, cela nécessitait de réserver environ trois semaines avant le commencement du festival. Les spectateurs qui ont assisté à ces représentations sont par conséquent des personnes qui ont consulté le programme dès qu’il a été diffusé et qui se sont intéressées rapidement à la programmation du festival, qui ont opéré des choix parmi les différentes propositions : ce sont donc, que les personnes qui sont venues le dernier jour du festival pour la grande parade.

Ma participation en tant que bénévole m’a également permis d’être en relation avec des artistes, et notamment avec la Compagnie Musicabrass.

D’un point de vue général et par rapport à cette mission, j’ai trouvé l’organisation plutôt bonne sauf quand les bénévoles se désengagent au dernier moment !

Ayant participé à ce festival surtout en tant que bénévole « Accueil public », je n’ai pas pu voir autant de « spectacles-concerts-déambulations-installations » que je le souhaitais. Néanmoins, je pense avoir pu assister à un panel varié de propositions musicales et artistiques. J’ai apprécié la qualité de cette programmation dans le cadre de cette première édition de Musiques de rues. La qualité de cette programmation tient aussi au fait de sa diversité comme je l’ai détaillé précédemment. La rencontre entre musique classique, musique contemporaine et les sons des machines de François Delarozière et plus généralement la réappropriation des musiques actuelles dans la forme populaire de la « fanfare » m’ont fait prendre conscience de dimensions, de cheminements différents que la musique peut prendre et auxquels notre oreille n’est pas forcément habituée pour des mélanges sonores singuliers.

J’ai aimé également ce festival car certaines des compagnies (et deux en particulier) se sont vraiment adaptées aux endroits, places, ruelles, trottoirs, escaliers, arrière-cours. A la musique s’est greffé un jeu chorégraphique, théâtral avec le territoire, l’espace de la ville, de la rue. Ce jeu avec l’espace urbain a intégré les spectateurs en tant qu’éléments de ce
jeu urbain ; c’est en cela qu’intervient à mon avis la dimension participative de cet événement. Une relation de proximité a pu se tisser entre les artistes et le public les jours où ce dernier était le moins affluent. Ce processus participatif a été aussi à l’œuvre dans la constitution de la Fanfare de la touffe ; fanfare à laquelle tout le monde peut participer : « de la vraie non-musique faite par de véritables non-musiciens » ! Pascal Esseau et F-X Ruan ont insisté, dans plusieurs de leurs interviews, sur cette dimension de participation de la population au festival : ils souhaitent aller encore plus loin dès l’année prochaine pour impliquer les habitants à cet événement. Le festival n’en est encore qu’à ses débuts, mais en tant que bénévole, j’ai pu ressentir aussi l’atmosphère différente qu’a pu prendre la ville pendant ces trois jours : comme un temps d’arrêt où l’on vit la ville différemment.

Les limites : un festival à ses débuts

Accompagner la population dans son appropriation du festival
Clarifier le positionnement de la municipalité

J’ai trouvé que la population bisontine a été trop peu participative et réactive par rapport à ce nouveau festival. Nous en sommes certes qu’à la première édition mais les échos de plaintes de certains riverains du centre ville concernant des troubles sonores m’ont profondément énervée ! Que souhaite les bisontins ? Que leur centre ville meurt (comme c’est déjà le cas selon les commerçants du centre) ? Que le centre ville soit un espace réservé ? Autant dire que pour certains ce festival de musiques de rues est malvenu : même si les concerts en plein air se terminaient à des heures plus que raisonnables. En fait, il me semble que les habitants veulent bien d’une animation mais qui ne les dérange pas dans leurs habitudes. Et bien c’est justement le contraire qui semble intéressant : la perturbation ! Et en plus quand elle est de qualité, il n’y a vraiment pas de quoi se plaindre ! Heureusement, tous les spectateurs que j’ai rencontrés ne sont pas tous de cet avis. Ils ont aussi été nombreux à nous faire part de leur satisfaction dans les points accueil.

Néanmoins cette réception plutôt mitigée du festival pose la question de l’implication de la population en amont. Je pense qu’il serait bon (mais Pascal Esseau et F-X Ruan en sont conscients, et c’est au programme de la prochaine édition) de réaliser plus d’actions de sensibilisation, de médiation en amont du festival avec le tissu associatif de Besançon, les Maisons de quartiers, les écoles, collèges, lycées, universités. Je pense qu’il serait bon aussi d’élargir le territoire de jeu du festival à des quartiers moins « brillants » que le centre ville, pour mobiliser la totalité de la population et donner à ces quartiers plus sensibles une image différente et l’opportunité aux populations de ces quartiers de faire aussi « partie du jeu urbain » le temps du festival. J’ai regretté par contre que l’ambiance soit parfois d’un calme incroyable : à croire qu’il n’y avait pas de festival de musiques de rues dans cette ville ?! En effet, une fois que l’on quittait une déambulation, il y avait un vide. Deux rues plus loin, on n’était déjà très loin, plus rien, plus de sons, plus de musiques, sensation étrange du vide. Cette sensation m’a un peu dérangée : c’est comme si une fois les artistes et l’espace de jeu quittés, il n’y avait plus rien. Cela est à mon avis dû au côté « programmé » des spectacles-concerts à des horaires et lieux précis. Ce processus rompt avec la spontanéité du jeu des artistes et on aimerait que ce soit partout : se faire davantage surprendre au détour d’une rue qui ne serait plus exactement le centre. Le fait que tout soit programmé, et joué dans les rues principales du centre ville, casse l’effet de surprise que permettent des actions moins prévues voire improvisées.

Je voudrais revenir sur le positionnement de la municipalité dans l’organisation de ce festival. Apparemment, la mairie de Besançon, pour satisfaire l’ensemble de la population, ne souhaitait pas que des scènes ouvertes aient lieu tard le soir (après minuit). En effet, le maire craignait probablement les plaintes des riverains du centre ville et de ceux des Prés-de-Vaux là où avaient lieux les Nuits mécaniques (concerts après minuit) et là où le projet d’une SMAC est en cours pour 2007 (projet occasionnant apparemment déjà des plaintes). Ces concerts avaient donc lieux sous un barnum. Or le samedi soir, suite à deux très bons concerts place de la Révolution, l’ensemble du public s’est rué aux Prés-de-Vaux pour poursuivre la fête aux Nuits mécaniques. Et évidemment, pour des raisons de sécurité (jauge du barnum), des spectateurs ont été refoulés ; le concert en cours annulé ; le public agacé ; le maire, les organisateurs et la police sur le pied de guerre. Bref le flop ! Ainsi je m’interroge sur le positionnement de la municipalité dans ce projet : s’agit-il de faire un festival de musiques sans faire de bruit ? Ce qui reviendrait à donner raison aux riverains mécontents : le monde à l’envers ! Par conséquent, je m’interroge et je souhaiterais pouvoir avoir des informations de la part de la municipalité sur ces différents points : jusqu’à quel point la municipalité s’engage dans le soutien organisationnel et décisionnel de cette manifestation ? Les enjeux ne sont-ils que politiques et électoraux ?
 
Musicabrass, musiques et art de la rue

Musicabrass, fanfare délirante. A la fois musicale et théâtrale, cette fanfare incarne profondément le projet du festival : jouer avec l’espace urbain, réfléchir aux liens entre territoire et populations et jouer avec ces deux dimensions.
 
La fanfare bloque un bus en centre ville ; elle fait descendre tous les usagers du bus en les faisant tenir un fil de laine de couleur rouge. Tout le monde descend ! Et tout le monde tient le fil de laine. Cette fois-ci, « l’homme-action » dessine à la craie sur le sol un passage piéton. Et hop tout le monde circule ! Et tout le monde passe de manière bien disciplinée sur le passage piéton fraîchement dessinée et en tenant bien sûr le fil (de laine) rouge et en bloquant le bus qui patiente depuis un quart d’heure. Les voilà tous partis, artistes et spectateurs-usagers du bus, aux Galeries Lafayette. (Je les quitte, je dois retourner à mon point accueil). A l’intérieur des Galeries, ils rencontreront une autre fanfare et joueront avec l’espace et les objets du magasin.

Une autre fois, dans une arrière-cour, ils sont là dans les escaliers ; ils passent par dessus un mur l’ensemble des instruments. Certains des artistes passent quand même par la porte mais plupart escaladent le mur en retombant sur une poubelle, le décor est planté : piétinage d’espaces verts et la fanfare se lance. Et cette expérimentation in situ est complètement improvisée ! Ensuite, grand jeu avec le public et de la «rubalise», des liens se tissent plastiquement entre les spectateurs avec ce formidable ruban en plastique. Le public est de toute façon participatif : pas d’autre solution. C’est au tour des enfants de faire les chefs d’orchestre pour un moment. L’homme-action a beau leur souffler les gestes qu’ils doivent faire, c’est cacophonique : et si c’était aussi ça, la musique de rue ?

Marion Blet,
étudiante au sein du Master
Octobre 2006.

Musiques de rue

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Published by Marion Blet - dans Actualité du Master

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