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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 13:48

 

1. Qu’avez-vous fait depuis votre année de formation au sein du Master, et quelle est votre activité actuelle ? 

 

Il s'est écoulé deux ans depuis le rendu de mon mémoire de fin d'étude en décembre 2013. Ces deux années ont été intenses et j'ai aujourd'hui plusieurs casquettes. Tout d'abord, j'ai effectué mon stage de fin d'étude au sein de la Cie des Souffleurs commandos poétiques où j'étais alors dans l'accompagnement des projets de territoire (Aubervilliers et Coulommiers) et dans l'apprentissage des bases de l’administration d'une compagnie. Au terme de ce stage, c'est sur une proposition du directeur artistique du collectif, Olivier Comte, que je suis devenue moi-même Souffleuse. Les Souffleurs m’ont transmis le geste du chuchotement puis j’ai intégré les nouvelles créations et poursuivis des travaux auxquels je m'étais consacrée durant mon stage (notamment le Premier Trésor Poétique Municipal). Ces activités prennent une part importante de mon temps et de mes réflexions et m'ont permis de commencer à reprendre mon travail de plasticienne, mis de côté depuis quelques années.

 

D'autre part, début janvier 2014 avec quelques camarades de promotion, nous avons décidé de poursuivre un projet initié durant l'année de formation appelé "Renards urbains". Nous partîmes sept, puis nous fûmes trois, et enfin deux avec ma co-équipière de choc Carmen Camboulas. L'idée de ce projet est partie d'un double constat : qu'il manquait sur Internet une base de références pour tout ce qu'il se passe dans l'espace public, et d'autre part que les pratiques culturelles (et plus précisément artistiques) qui œuvrent dans l'espace public, n'avaient pas l'opportunité de dialoguer entre elles. Par exemple, les arts de la rue n'ont pas forcément connaissance du réseau de l’art urbain, de celui des agriculteurs urbains ou encore des Disco soup. Pourtant, selon nous, il y avait des ponts évidents à créer notamment au regard de l'interdisciplinarité qui devient de plus en plus concrète dans le secteur culturel et que nous voulions mettre en avant. Nous souhaitions que ces acteurs culturels de l'espace public, qui ont des préoccupations communes, puissent avoir un espace pour se découvrir et échanger.

 

Après étude de la faisabilité du projet, nous avons alors décidé de créer nous-même cet espace. Un projet ambitieux, nous nous en rendons compte aujourd'hui, puisque nous voulions créer un site internet collaboratif (à l'échelle de l'Île-de-France) pour les événements culturels gratuits « en plein air ». Collaboratif signifiant que nous souhaitions que les acteurs culturels (institutions, associatifs...) publient eux-mêmes leurs événements. Culturellement, nos deux premiers objectifs étaient de "faire réseau" pour les professionnels et les amateurs, puis, de donner à voir au public francilien la richesse et la diversité de ce qui a lieu dans l'espace public. 

 

Pour aller plus loin dans la réflexion et ne pas être seulement un agenda d'événements, nous avons imaginé deux espaces sur le site qui attendent d'être développés ; des suggestions de balades ou de lieux insolites, artistiques, bucoliques, etc, proposées par les internautes eux-mêmes (collaboratif toujours). Le troisième espace serait plutôt comme un magazine avec des articles, des vidéos, des photos, des dessins ou autres qui parlent de l’espace public et de ce qu'on y fabrique, un espace de réflexion très ouvert où nous souhaitons solliciter des porteurs de projet, des flâneurs, des artistes de rue ou des associations à nous faire part de leurs expériences et de leurs regards sur la ville et les espaces publics.

 

Aujourd'hui le site est en ligne (renardurbain.fr). Nous avons travaillé avec un développeur web compréhensif et patient vis-à-vis de nos exigences. Nous voulions, et c'était primordial, une interface compréhensible par tous en nous écartant du langage techniciste du milieu culturel. Nous avons donc inventé le nôtre ; de nombreuses personnes d'horizons divers (dont une partie en dehors du secteur culturel) sont venues participer à des ateliers que nous avions organisé pour penser le développement du site, le vocabulaire, les catégories, etc. Nous voulions ainsi repenser l'adresse au public et aux acteurs culturels. 

 

Côté financement, nous n’avons qu’un seul soutien grâce à une sollicitation de la réserve parlementaire de Patrick Bloche. Malgré nos nombreuses sollicitations, outre cette réserve parlementaire, aucun partenaire public ou privé n'a su nous accompagner financièrement afin de réaliser ce qui nous paraît être un espace nécessaire de connaissance et de partage de la culture tant pour les acteurs que pour le public. Ce manque d'engagement, voire parfois de curiosité, nous a beaucoup questionnées, bien au-delà des problématiques des budgets de la culture dont nous avions conscience. Nous avons fini par comprendre que malgré les velléités des institutions publiques à s'intégrer au monde numérique, il persistait des réticences. En effet, contrairement à un projet (type événement ou création artistique) qui a un début et une fin et qui prend place dans un temps concret, un site internet reste encore trop vaporeux, et en outre dans notre cas ne rapporte pas d'argent. Le site a donc été financé par plusieurs repas de soutien et deux grands événements : La Fourrure du samedi soir au Cirque électrique (Paris 20e) et Le Bal dans le noir à La parole errante (Montreuil). Deux soirées "concepts" qui ont eu un beau succès auprès du public venu en nombre.

 

D'un autre côté, dès la première heure, nous avons su nous entourer de partenaires, en majorité des associatifs et des entrepreneurs qui nous ont apporté leur soutien moral et su communiquer l'existence du site dans leur réseau. Sans eux, nous n'aurions pas pu avoir le début de rayonnement que nous avons aujourd'hui. Enfin, au fil de nos rencontres nous avons aussi réussi à rassembler une équipe de personnes investies qui a contribué fortement à la réussite du projet. Grâce à cette évolution, nous avons pu faire en sorte que renardurbain.fr se réinvente depuis peu en un projet plus collectif autour de plusieurs personnes. À suivre donc... 

 

© Olivier Comte

Crédit photo : Olivier Comte.  

 

2. Que défendez-vous ? 

 

En matière de création, je défends ce qui est audacieux, ce qui joue avec les contraintes de l'espace public et qui porte une parole forte. Je crois que ce qui est important aujourd'hui en matière de création artistique, au regard de ce que vit la civilisation, c'est ne pas avoir peur de la prise de risque, au nom notamment de la liberté d'expression. 

 

Je vois l'artiste, et plus encore celui qui décide de travailler dans l'espace public, comme un révélateur des multiples potentialités d'un territoire : humaines, économiques, politiques, urbanistiques, artistiques... J'entends par là qu'il n'est pas celui qui impose un regard mais celui qui vient, grâce à sa création, ouvrir des possibles dans l'esprit et dans le concret de la ville et de ses habitants. Ce que je défends, c'est un droit (voire un devoir) à l'intervention dans l'espace public, un droit au rêve, à l’action ; qu'elle soit écrite, dansée, peinte, semée..., le droit à la caricature, au rassemblement, à l’irruption et à la co-action. 

 

3. Quels sont les enjeux culturels majeurs actuellement à vos yeux ?  

 

Difficile de choisir, il y en a beaucoup. Je crois que les créateurs et les penseurs (sociologues, anthropologues, philosophes ...) peuvent avoir un impact fort sur la société. A différents niveaux et à toute époque ils ont su nous livrer leur manière de penser le monde et faire remonter à la surface les incohérences, les malaises et les contradictions de nos sociétés. La pensée de l’artiste est pour moi un remède. Elle remet en question le politique, elle est comme un garde fou. Les enjeux culturels majeurs ? Remettre du rêve partout.

 

4. Que voulez-vous faire dans les 10 prochaines années, quelles idées voulez-vous défendre ? 

 

Je souhaite poursuivre mon investissement au sein du collectif des Souffleurs, il y a encore beaucoup à rêver. Cette "tentative de ralentissement du monde" aidée par la poésie est un espace salvateur et concret d'actions et de réflexions sur notre manière de (re)penser ce monde un peu fou dans lequel nous vivons. Continuer également le travail au sein des Renards urbains avec cette fois des actions ancrées plus concrètement dans l'espace public. J'ai également une idée qui me tient à cœur qui serait la création d'un lieu pour l'échange de savoir-faire culinaires traditionnels et autour des nouvelles réflexions sur l'alimentation. Ce projet est directement lié à mon engagement pour l'écologie et à la façon dont nous traitons le vivant de manière générale. J'aimerais beaucoup qu'un tel lieu devienne le point de départ d’une ouverture pour le public à diverses disciplines ; musique, danse, cinéma, peinture… qui traversent les cultures qui nous entourent et que nous ne connaissons pas ou peu. L'objectif serait d'en faire un lieu de convivialité, un lieu où l’on vient pour diverses activités ou même pour ne rien y faire ! Ce lieu serait pour tous et en particulier pour les plus jeunes et les femmes éloignées du monde du travail. Et puis bien sûr, j'espère continuer à voyager pour nourrir mes projets ici. 

 

Loyce Hébert (8ème promotion du Master, 2012-2013) est « souffleuse » au sein de la Cie Les Souffleurs commandos poétiques, et co-responsable du site collaboratif renardurbain.fr

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Published by Master Projets culturels dans l'espace public - dans Parcours d'anciens étudiants

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